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L'avocat et le revirement de jurisprudence

Par Jade Wu, juriste | Mis à jour le 08/08/2014 | Publié le 27/01/2012


Le droit n’est pas une matière figée, bien au contraire, que ce soit sous l’impulsion du législateur, des juges, ou même du gouvernement, la législation change sans cesse, et évolue afin de satisfaire au mieux les requêtes des citoyens. Si le législateur fait les lois, le rôle du juge dans l’interprétation de celles-ci n’est pas négligeable. Cette interprétation peut néanmoins changer, qu’en est-il alors ? Quelle position est applicable à un litige ? Autant de questions qui peuvent parfois être au cœur même de la résolution d’un conflit. Aussi, notre cabinet d’avocat a jugé opportun de vous partager un arrêt de la Cour de cassation sur la responsabilité de l’avocat face à un revirement de jurisprudence

Qu’est-ce qu’un revirement de jurisprudence ?

La 1ère Chambre civile de la Cour de cassation s’est en effet prononcée dans un arrêt rendu le 15 décembre 2011 sur la responsabilité de l’avocat devant un revirement de jurisprudence. Dans un premier temps il convient d’expliquer ce qu’est un revirement de jurisprudence.

Ce que l’on appelle le droit positif est l’ensemble des règles en vigueur applicables à un moment donné. Le législateur ne précise pas toujours dans les moindres détails la portée, l’application de son texte. Aussi, plusieurs personnes peuvent comprendre une règle juridique d’une façon différente. C’est aussi les juges qui viennent préciser les contours des lois en les interprétant : leurs décisions constituent la jurisprudence en droit français. Or, les tribunaux ne sont pas nécessairement composés des mêmes juges, et les positions changent : alors que les juges interprétaient la règle de la façon A, il se peut qu’ils décident a postériori de l’interpréter de la façon B.

La solution d’un litige peut aussi être différente, et alors que l’argumentation d’un avocat devant les juges était bâtie sur une position acquise de jurisprudence, cet argument devient dénué de sens à cause de la nouvelle interprétation de la loi. Ce changement d’interprétation est ce que l’on appelle juridiquement un revirement de jurisprudence. 

La responsabilité de l’avocat peut-elle être engagée en cas de revirement ?

Dans l’affaire d’espèce, l’avocat défendait une société non française qui revendiquait des marchandises. Cet avocat s’est appuyé sur un article du Code de procédure civile qui permettait d’allonger le délai d’opposition d’un jugement devant une Cour d’appel à deux mois supplémentaires. La jurisprudence en vigueur allait dans ce sens.

Cependant, les juges de cette affaire ont opéré un revirement en décidant que cet article de procédure était uniquement applicable pour les actions en revendication de marchandises devant un juge-commissaire. La société étrangère a ainsi essayé de se retourner contre l’avocat qui avait, selon elle, engagé sa responsabilité en n’ayant pas anticipé ce revirement de jurisprudence.

Les juges de cassation ont répondu à la société que la responsabilité de l’avocat ne peut être engagée que s’il commet un manquement vis à vis du droit positif qui existe. Il est impossible de considérer que l’avocat ait commis une faute s’il n’a pas prévu une évolution postérieure de la législation suite à un revirement de jurisprudence, ou qu’il n’a pas anticipé un revirement de jurisprudence. L’avocat est tout de même tenu d’une obligation de vigilance face aux évolutions qui ont déjà été commencé.


Sources : 1ère Chambre civile de la Cour de cassation, 15 décembre 2011, n°10-24.550

Cet article est mis en ligne à des fins d'information du public et dans l'intérêt des justiciables. Il est régulièrement mis à jour, dans la mesure du possible. En raison de l'évolution permanente de la législation en vigueur, nous ne pouvons toutefois pas garantir son application actuelle et vous invitons à nous interroger pour toute question juridique ou problème concernant le thème évoqué au 01 56 79 11 00. En aucun cas le Cabinet ne pourra être tenu responsable de l'inexactitude et de l'obsolescence des articles du site.

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